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La troublante gestion de l’ancien actionnaire de Pixmania

Juin 12, 2018 Par Elie
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E-COMMERCE. Un rapport commandé par le CE du site de vente en ligne pointe les agissements contestables du précédent propriétaire, le groupe allemand Mutares.

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La faillite du groupe Pixmania a-t-elle été préméditée ? Les quelque 250 salariés, dont la plupart vont être licenciés à la suite de la reprise partielle par Vente-du-diable.com le 5 février, se posent désormais la question.

Ils étudient actuellement les voies de recours devant les conseils de prud’hommes et les juridictions pénales. En parallèle, leur comité d’entreprise a mandaté un expert-comptable pour analyser les comptes de l’entreprise. « Le Parisien » – « Aujourd’hui en France » s’est procuré un exemplaire de son rapport. Il met en cause la gestion du précédent actionnaire de Pixmania, le groupe allemand Mutares.

« L’implication de Mutares dans le redressement de l’entreprise et les moyens mis en œuvre pour la continuité de l’exploitation suscitent des interrogations », notent les experts-comptables dans leur rapport. « Ils n’ont absolument rien fait pour que l’entreprise soit pérenne, renchérit David Verdier, avocat du comité d’entreprise d’E-Merchant, une filiale de Pixmania. On a l’impression que c’est l’inverse. » Lorsque Mutares rachète Pixmania à l’anglais Dixons Retail, en décembre 2013, le site d’e-commerce est dans une situation saine. Dixons verse 69 M€ sur un compte bloqué à l’usage de Pixmania, ce qui laisse à ce dernier une trésorerie globale de 87,5 M€. Mais les 69 M€ sont dépensés dans les neuf premiers mois de la reprise, à un rythme de 7 M€ par mois !

« La première chose qu’a faite Mutares en arrivant aux commandes, c’est de siphonner ce compte », accuse l’avocat. Comment ? Le groupe allemand s’est immédiatement mis à facturer des frais de gestion à sa nouvelle filiale pour des montants exorbitants. Plusieurs dirigeants de Mutares se sont par exemple proclamés consultants de Pixmania, alors que l’entreprise dispose déjà d’une direction. Les tarifs qu’ils appliquent sont exorbitants : de 1 500 € à 2 800 € par jour ! Pour la seule année 2014, la facture atteint ainsi 2,7 M€.

« Notre objectif est d’apporter un fort soutien opérationnel aux sociétés en portefeuille et de les positionner ainsi sur une trajectoire de croissance durable », indique Mutares sur son site Internet. Pourtant, les efforts pour permettre à Pixmania de renouer avec les bénéfices n’apparaissent pas dans le rapport de l’expert-comptable. « Depuis son arrivée, le groupe Mutares n’a procédé à aucun investissement au sein de Pixmania », pointe au contraire le rapport. Aucun investissement, sauf dans certaines de ses filiales… sans activité ! Sans surprise, le chiffre d’affaires plonge, tandis que les marges commerciales stagnent autour de 6 %. Seul changement notable en juin 2014 : un plan de licenciements prévoit de supprimer 187 postes. Quand, la même année, les dividendes de Mutares sont multipliés par cinq (20 M€). Sollicités à plusieurs reprises, le groupe Mutares et la direction de Pixmania ont indiqué qu’ils ne souhaitaient pas répondre à nos questions.

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